Encore méconnue du grand public, cette technologie d'identification par ondes radio est pourtant en cours de généralisation, partout dans le monde. Plutôt que d'opposer les arguments de ses promoteurs et détracteurs, nous avons souhaité contribuer au débat - ou peut-être le susciter en France - en rappelant quelques uns des points clés de cette technologie et de ses multiples applications.
Rfid n'est pas une technologie comme les autres. L'une de ses applications les plus marquantes - des étiquettes émettant des données qui pourraient un jour équiper la totalité des produits que nous consommons - échauffe les esprits. Pour les industriels, en particulier du secteur de commerce de détail, Rfid peut réaliser la promesse d'une gestion des stocks efficace, automatisable et optimale. L'engouement des industriels est à la hauteur des enjeux. De l'avis des prévisionnistes, le marché Rfid s'élèvera à trois milliards de dollars en 2007. Mais pour les associations de défense du consommateur, il pourrait avant tout s'agir de l'outil ultime de surveillance du consommateur - ou pire encore, d'un système orwellien de traçage des biens et des personnes, fonctionnant à notre insu.
Comme souvent, le débat est marqué par l'incompréhension mutuelle des intervenants. Côté industriel, on insiste sur le fait que la technologie en soi ne crée pas de nouveaux risques quant au respect de la vie privée et que les arguments des opposants à Rfid se basent sur des scénarios de fiction et/ou des procès d'intention sans fondement réel. A l'inverse, les défenseurs des libertés individuelles ont marqué des points en montrant quelques applications controversées de Rfid (http://spychips.org/broken_arrow.htm ou http://www.boycottgillette.com), et en soulignant sa puissance et les risques inhérents à la technologie.
Au milieu de l'année dernière deux annonces aux Etats-Unis auront suffi pour convaincre les sceptiques que Rfid n'est pas une simple étape, mais bien une évolution majeure de la chaîne de distribution. D'abord Wal-Mart, qui a quasiment "sommé" ses 100 principaux fournisseurs d'être compatibles Rfid à partir du 1er janvier 2005, en incluant des tags Rfid sur toutes les palettes et cartons. Puis le Ministère de la Défense (Department of Defense) faisait de même en octobre (http://www.defenselink.mil/releases/2003/nr20031023-0568.html), exigeant de l'ensemble de ses fournisseurs qu'ils apposent des étiquettes Rfid sur tous les produits livrés, à l'exception du sable, des graviers et des liquides, également à partir de janvier 2005. Ce double "ultimatum", pour édifiant qu'il soit, n'est qu'une petite partie de "l'iceberg Rfid", dont on découvre au fil des semaines la partie immergée.
Rfid suscite un intérêt sans précédent ou presque dans l'industrie. Il faut y voir le signe d'une maturité technologique et commerciale. Mais, pour autant, Rfid est bel et bien une réalité d'aujourd'hui, pour de très nombreuses applications - y compris en France - sans apparaître de manière claire ni susciter à débat. C'est par exemple le cas des titres de transport Navigo (http://www.ratp.fr/groupe_ratp/new_tech/navigo/201.shtml) mis en place par la Ratp dans le métro parisien, et en cours de généralisation.
Navigo résume à lui seul tout l'intérêt - et tout le danger potentiel - de la technologie. L'usager n'a pas le sentiment d'utiliser le dernier cri de la technologie sans fil, et ignore d'ailleurs le terme même de Rfid. Il se contente d'utiliser une carte fonctionnelle et pratique, qu'il n'est même pas nécessaire de sortir de son portefeuille ou de son sac pour voir s'ouvrir les portillons du métro. Pour la Ratp, le dispositif est un outil de régulation et de connaissance des usages de tout premier ordre. "Ce qui nous intéresse, ce sont les statistiques se rapportant aux lieux, dates, moyens de transport, etc. Connaître les heures d'affluence dans telle gare ou à tel point d'accès, savoir s'il s'agit plutôt de titulaires de cartes orange ou d'un autre type de titre de transport, tout ce qui peut nous donner une connaissance vivante de notre trafic. Par contre, savoir qu'il s'agit de Messieurs Durand ou Martin ne nous intéresse pas..." assurait Jean-Louis Lamalle, chef de projet télébilletique de la Ratp, en octobre dernier (http://www.transfert.net/a9429). Il n'en demeure pas moins que le système "pourrait" être utilisé pour surveiller en permanence les déplacements individuels de chacun des parisiens, ce qui n'a pas échappé à la Cnil : "Les technologies de radio-identification peuvent être utiles pour des finalités légitimes bien définies, mais, parce que le maillage dense de milliers d’objets qui entoureront une personne pourra ainsi être analysé, de façon permanente (le potentiel de rayonnement d’un Rfid est illimité dans le temps car aucune batterie n’est nécessaire), permettant potentiellement le 'profilage' des individus, elles font peser sur les individus un risque particulier", lit-on sur une page dédiée à Rfid (http://www.cnil.fr/thematic/techno/rfid.htm), mentionnant par ailleurs que "la radio-identification fait déjà partie de nos vies au travers des cartes de transport sans contact (dont Navigo pour la Ratp) ou de nombreuses clés de voiture".
Rfid est par essence une technologie invisible, porteuse de valeur mais pouvant entraîner des dérives. Mais elle est aussi méconnue, et nous tentons ci-dessous d'éclaircir quelques idées reçues qui perturbent le débat.
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