Chrysler s'y voit déjà. Dans sa besace, la Sebring, cabriolet le plus vendu aux Etats-Unis ces dix dernières années. C'est décidé : le constructeur ailé débarque sur nos côtes européennes. Le succès en pointe de rivage. Reste qu'il n'est pas chose aisée de s'installer en lieu et place des Audi A4 et BMW Série 3 de même architecture. Ou alors dans un rôle de complément ? Justement. Affadi par un bloc diesel lève-tard, une gueule de diplômé du dernier rang, et une instrumentation d'un autre âge, difficile d'espérer mieux...
Design
Long de 4,93 m (8cm de plus que la berline), cet "american way of life" affiche des proportions contraignantes. Correction : Mal agencées. Durement ressenties par l'absence éhontée d'un radar de recul. Physiquement, que dire ? Non pas que la Sebring soit moche. Disons qu'elle accroche l'œil, sans aller jusqu'à le fermer. Pour autant, il faut bien le reconnaitre, c'est l'un des ses atouts premiers. Détails. De sa calandre chromée proéminente s'échappent aux coins, des blocs optiques grossièrement dessinés, mais non dénués d'un certain charme. Même ressenti au niveau des trains avant et arrière, faits aux pattes par des jantes 18 pouces en aluminium chromé. La classe américaine. Costaud aux postes avant, la Sebring se fait plus “docile” (pour ne pas dire pataud) dans son prolongement, avec des lignes de caisse et une poupe nettement en retrait. Quelques coups de griffes et autres nervures viennent en renfort sur les parties latérales. Au final, ce découvrable fait le grand écart entre deux continents : l'avant aux Amériques, l'arrière en Europe. D''où un sentiment profond de ne jamais se sentir entièrement convaincu par cet esthétisme bâtard. Heureusement, qui dit cabriolet, dit toit en dur. Et là, ô miracle, le hardtop en trois parties rappelle que le soleil ne brûle pas uniquement d'un seul côté de l'atlantique. Simplifié au possible (à actionner en pressant le bouton placé à gauche du volant), plus rapide que ne l'annoncent certains confrères (27 secondes montre en main), le couvre-chef en dur renvoie la capote en toile, également disponible sur ce volume, à ses séances de montage, démontage. Appréciable.
Vie à bord
Les constructeurs américains trainent la lourde réputation de ne pas soigner suffisamment leurs montures. Mauvais cheval, Chrysler ne fait pas exception. De sa finition dite "Limited", la Sebring n'en a que trop bien respecté l'acception : rappel en ronce de noyer un peu partout sur la planche de bord (et sur la partie haute du volant, quelle idée....), inserts "imitation chrome" perdus ça et là, rangement mal fermés... On a connu mélanges plus savoureux. Même constat au niveau des plastiques, tantôt pauvres, tantôt "cheap". D'autant plus regrettable que la sellerie en cuir offre un confort optimum, même si l'on s'offusquera d'une attention uniquement portée sur le poste de conduite, au siège réglable électriquement. Le passager doit lui se contenter de manœuvres à la force du poignet. Le porte-gobelets placés au centre (chauffant ou réfrigérant) est heureusement là pour épancher sa soif, après de fastidieuses manipulations. A l'arrière, mieux vaut éviter de convier des jambes trop longilignes tant l'espace dévolu aux membres inférieurs empêche toute séance de stretching. Une option certainement... Du coffre, la Sebring n'en manque pas. Tellement mastoc qu'il faut s'y reprendre à deux fois.... plutôt à deux mains, pour le fermer. Logeable (356 L / 193 L). Sans plus. Malgré tout, quelques détails amusants donnent à la Sebring une once de caractère, comme les compte-tours à fond blanc phosphorescent, ou encore l'horloge de bord et ses aiguilles à contre-courant. Du culot enfin ! L'excellent GPS tactile embarqué à bord et le système audio Boston Acoustic (279 watts / six haut-parleurs) apportent un soupçon de crédit à cet ensemble pâlichon. Ne nous voilons pas la face...
Moteur / Comportement routier
Si l'on excepte le vacarme qu'il émet (toit replié ou non), le bloc 2.0 CRD -comprenez TDI- d'origine Volkswagen invite à la sieste. Proche des 2 tonnes (1850 kg), la Sebring a du mal à faire hennir ses 140 chevaux, du moins sous les 2000 tours, seuil critique ici. Le volant entre les mains, il devient difficile d'adopter une conduite sportive, la lourdeur du véhicule se ressentant au moindre virage prononcé. Comme une sensation de flottement, renforcée par une direction peu précise, qui danse seule la musette. Ou la Mazurka. Au choix. Passons outre le mauvais étagement de la boîte manuelle (particulièrement le passage du pont 5e/6e). Campé sur des suspensions presque trop souples, le cabriolet laisse hélas les sensations au vestiaire et s'offre un aller simple pour la neutralité confortable, à l'image du freinage, trop permissif. Cruiser sans crisser. Sans attendre le comportement d'une sportive, il eut été plus gracile de la part de Chrysler d'adjoindre à sa Sebring un tempérament aux antipodes de la mollesse ressentie en essai. Ne serait-ce qu'au regard de ses concurrentes directes, telle l'Audi A4 cab' (163 ch en entrée de gamme), voire la Saab 9-3 Cabrio, Suédoise pas franchement frileuse. Une autre philosophie certainement. Question : faut-il dès lors se tourner vers le V6 essence 2,7 litres de 186 ch ? En ces temps de pétrole cher, la consommation maitrisée de la Sebring diesel (6,8 litres en conditions mixtes) prend le pas sur toutes velléités un rien masculines. Il faut vivre avec son temps.
Conclusion
Même si rien n'interdit de se faire plaisir, la Chrysler Sebring emmagasine trop de défauts pour faire céder quiconque à la tentation : décevante dans sa qualité de fabrication, encore davantage une fois le moteur réveillé... Un résultat à mi-chemin entre la forfanterie très américaine et les exigences d'une clientèle ascétique. En somme, obèse et mal dans sa peau. Son attractivité toute relative (33 900 euros en finition Limited) sur un marché du cabriolet dispendieux ne lui laisse entrevoir que de frêles perspectives de ventes. En effet, quitte à jouer à fond la carte de la frime, autant rallonger un peu l'addition et rouler allemand ou suédois. Mieux finis, plus aboutis, sereinement agressifs. En un mot : européens.
Essai réalisé par Mathieu Bellisario
Les plus
- Ligne iconoclaste - Hardtop bien paramétré - Moins cher que la concurrence
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Les moins
- Mi-américaine, mi-européenne : en recherche de personnalité - Où sont les sensations ? - Moteur creux sous les 2000 tours - Diesel assourdissant - Finition intérieure à revoir - Malle arrière pachydermique - Jambes broyées en position arrière
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Fiche Technique
Prix : 33 900 € + 750 € de malus écologique
Prix du modèle d'essai : 37 850 € + 750 € de malus écologique
Option : Pack plus (jantes aluminium 18 pouces, porte-gobelets chauffant rafraîchissant, filet anti-remous) : 770 euros / Peinture métallisée : 550 euros / Porte-gobelets chauffant et rafraîchissant : 120 euros / Système de navigation multimédia, d'information et de divertissement avec disque dur 20 GO et écran tactile 2D/3D : 2 630 euros
Moteur : 1 968 cm3
Puissance : 140 ch à 4 000 tr/min
Couple : 310 Nm à 1 750 - 2 500 tr/min
Transmission : BVM 6 rapports
Jantes : 18 pouces en aluminium chromé
Poids : 1 850 kg
Performances0 à 100 km/h : nc
Vitesse maxi : 195 km/h
ConsommationsUrbaine : 8,7L / 100 km
Extra-urbaine : 5,6L / 100 km
Mixte : 6,8L / 100 km
CO2 : 183 g / km (malus de 750 euros)
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