Salon de Genève, Acte I. La plus belle vitrine de l’automobile accueille jusqu’au 16 mars les constructeurs du monde entier. Venu en voisin, l’Allemand Porsche étonne. SUV Cayenne et bolide Panamera Full Hybride : la firme de Zuffenhausen frappe à la porte des énergies propres. Toc Toc Toc. Dominik Gruber, en charge des relations extérieures chez Porsche, évoque sans détour cette stratégie verte bien dans l’air du temps.
Dominik Gruber, le salon de Genève bat son plein. Que représente un tel événement pour un constructeur comme Porsche ?
C’est un rendez-vous incontournable. Il faut se montrer sur nos terres. Pour Porsche, le marché européen se porte bien, avec une croissance annuelle de l’ordre de 3%. La France, l’Angleterre et l’Allemagne, forcément, restent toujours aussi dynamiques. A l’Est, des pays comme la Russie commencent à émerger sérieusement. Il est important pour une marque comme Porsche de les intégrer dans sa stratégie de développement. Le salon de Genève remplit toutes ses missions.
Le salon de Genève positionne les constructeurs sur le marché européen, échelon stable mais avec des perspectives de croissance à une unité. Vers quels continents regardez-vous pour doubler ce chiffre ? L’Asie, avec la locomotive chinoise ? Le potentiel chinois est presque sans limite : 1,7 milliards d’habitants et un pouvoir d’achat en constante progression. Porsche a réalisé une croissance de + 75% en 2007 avec 4000 modèles vendus. C’est indéniable, le marché chinois pousse à vitesse grand V, génère beaucoup de richesses, même si il ne faut pas absoudre un régime totalitaire et dictatorial. Nous songeons bien évidemment à nous renforcer sur place, en passant par exemple de 30 à 40 points de vente assez rapidement. Sans brader la marque : le réseau de qualité Porsche doit être le même partout dans le monde. Un client, qu’il habite Dubaï, Los Angeles ou Pékin, doit trouver un Showroom identique, avec des prestations de service et des conseils d’après-vente de valeur égale. A savoir irréprochable.
Le client chinois a-t-il les mêmes exigences que son homologue européen ou américain ? Quel que soit le continent, les clients aspirent tous aux mêmes valeurs fondamentales : plaisir, sensations et luxe.
Retournons sur le vieux continent. Quels modèles Porsche met-t-il en avant afin que Genève lui réussisse ? Un trio gagnant : la 911 GT2, pour faire rêver les visiteurs, le Cayenne GTS, qui prend date, mais surtout le Boxster RS 60 Spyder, clin d’oeil historique à la 718 RS 60 Spyder de 1960, victorieuse des 12H de Sebring en Floride. Porsche rend un hommage appuyé à ce modèle de légende. 1960, c’est d’ailleurs le nombre limité d’exemplaires du Boxter RS 60 Spyder. Dans le ton, le design conserve un aspect assez similaire, avec une dominante de rouge pour les phares arrière, le tableau de bord et le cuir. Très sport dans l’esprit aussi, avec des roues 19 pouces, un échappement à la poupe, et un kit avant exclusif
SportDesign. La couleur exclusive de la carrosserie, argent métal, rappelle aussi celle de la 718. Le moteur, chargé à 303 ch, surclasse les 160 ch de son ancêtre.
Et quid de la Porsche Panamera ? Très discrète jusque-là, trop même… Porsche sait entretenir le mystère, mais avec ce modèle, nous affichons clairement la volonté de conquérir un nouveau segment. C’est le gros chantier de Porsche actuellement. La difficulté : faire preuve d’innovation sans trahir notre éthique. La berline GT 4 places respecte les codes Porsche : sportivité, élégance, design et finition soignés. Si je devais définir la Panamera, je dirais que c’est une Porsche pur sang. Elle sera commercialisée en 2009.
A quel prix ? Moins de 100 000 euros en entrée de gamme ? Je ne peux pas vous répondre pour le moment.
Parlons de ses performances et de ses attributs : un V6 en entrée de gamme, vous confirmez ? Il y aura des motorisations à essence variées, mais il est encore trop tôt pour en révéler davantage.
“L’HYBRIDE CHEZ PORSCHE, C’EST GENETIQUE”
Panamera, Cayenne, Boxter, 911 GT2 : une gamme effectivement très typée, au caractère affirmé. A l’image de Porsche. Mais songez-vous à enrichir davantage votre offre ? Les véhicules propres, un challenge intéressant pour le futur ?
Porsche démontre à Genève son engagement en termes d’écologie et de développement durable. Dans ce sens, le Cayenne Hybride, présenté à Francfort l’année dernière, occupe une place centrale dans la communication de Porsche. Encore à l’état de prototype, le VUS, qui devrait être lancé avant 2010, consommera moins de 9 litres/100 km, tout en conservant des sensations de conduite remarquables. Porsche prend très au sérieux les enjeux écologiques, le gaspillage, la pollution. La sportivité peut aussi passer par un modèle moins gourmand et plus respectueux du monde qui l’entoure. A ce titre, Genève, c’est en quelque sorte la planète verte de Porsche.
Le Cayenne a fait office de précurseur dans ce domaine…
Tout à fait. L’introduction de la nouvelle technologie d’injection directe essence sur ce véhicule a permis de réduire de près de 15% les rejets de CO2. Les modèles actuels peuvent recevoir jusqu’à 25% de bioéthanol. C’est un processus long que de vouloir donner une éthique à des modèles sportifs. Mais bien un passage obligé.
A l’image de la Porsche Panamera, également déclinée en hybride…
N’oublions pas que la première voiture hybride de l’histoire était une Lohner-Porsche de 1900, avec deux moteurs : électronique et thermique. L’hybride, c’est quelque chose d’atavique chez Porsche. La Panamera, elle aussi poussée par un système Full Hybride, fonctionnera à des vitesses bien supérieures à celles autorisées en ville par exemple.
Pourtant, Porsche a décidé de différer la commercialisation des deux Panamera. Pourquoi privilégier le modèle essence par rapport à l’hybride ? Par manque d’audace ?
C’est la stratégie de l’entreprise que de mettre en avant le système hybride par la voie du Cayenne. La Panamera suivra.
Dans les années à venir, peut-on s’attendre à un raz de marée de concepts propres ?
Chaque constructeur doit contribuer au développement durable, à donner de l’avenir une vision écologique. Chez Porsche, cette donnée a été intégrée de puis longtemps : de la conception à la façon de traiter et de recycler les déchets lourds, en passant par l’effort énergétique de production. Il ne s’agit pas de réduire les émissions de CO2 pour croire que le gros du travail est effectué. Cela passe par tous les maillons de la chaîne.
Propos recueillis par Mathieu Bellisario
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