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Edouard Michelin : L’homme de la modernisation nous a quitté

 Publié le 27/05/2006 par Rémy Devaureix - Lu 2335 fois
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Le PDG du groupe Michelin a trouvé la mort vendredi dans le naufrage d’un bateau de pêche en Bretagne, au large de l’île de Sein. Il était âgé de 43 ans. «C'est une immense douleur pour sa famille ainsi que pour les 130.000 salariés de Michelin dans le monde» déclare la direction de la communication du groupe.

Edouard Michelin, co-gérant du groupe du même nom, a trouvé la mort vendredi dans le naufrage d'un bateau de pêche au large de l'île de Sein (Finistère), a-t-on appris auprès de la gendarmerie et de la préfecture maritime. Le Pdg du groupe français, numéro un mondial de pneumatiques, était parti vendredi matin pour pêcher le bar de ligne dans le raz de Sein avec le président du comité des pêches d'Audierne (sud du Finistère), Guillaume Normant, lorsque le bateau, un fileyeur-ligneur, a fait naufrage dans des conditions encore inexpliquées.
 
Le corps de M. Michelin a été repêché flottant au milieu de casiers de pêche à 10 km au nord de l'île, et les recherches continuaient en fin de journée pour retrouver le corps de M. Normant, selon la même source. «Personne n'a rien vu, ni rien entendu. La mer était bonne, mais il y avait une brume épaisse qui ne s'est levée que vers la mi-journée», a indiqué le commandant Jean-Marie Figue, porte-parole de la préfecture maritime de l'Atlantique. Le raz de Sein, entre la pointe du Raz et l'île de Sein, est l'un des endroits les plus dangereux de la côte bretonne, mais aussi les plus prisés pour la pêche au bar de ligne, qui s'effectue à bord de petites embarcations.
 
«C'est une zone à risques où seuls des professionnels avertis peuvent pêcher. Il y a des rochers, des courants, c'est une vrai lessiveuse», a souligné le commandant Figue.
 
L'alerte avait été donnée à 15H00 au CROSS Corsen, lorsque des professionnels du port d'Audierne ont constaté l'absence du Liberté de M. Normant, un fileyeur-ligneur de 8,50 m, qui aurait dû rentrer à 14H00. Un patrouilleur de la Marine nationale, deux vedettes de la SNSM et des Douanes, une dizaine de bateaux de pêche ainsi qu'un hélicoptère de la Sécurité civile ont participé aux recherches. La Marine nationale a dépêché en fin de journée un hélicoptère Super Frelon pour continuer les recherches.
 
«Immense douleur»
 
La direction de la communication du groupe a affirmé, dans un communiqué publié vendredi soir à Clermond-Ferrand, que le «décès accidentel» d'Edouard Michelin est une «immense douleur» pour sa famille et les salariés. «Michelin vient d'apprendre la tragique nouvelle du décès accidentel de Monsieur Edouard Michelin, co-gérant de l'entreprise. C'est une immense douleur pour sa famille ainsi que pour les 130.000 salariés de Michelin dans le monde», souligne le texte.
 
«Conformément aux statuts de Michelin, Michel Rollier, co-gérant en exercice, assurera la continuité de la direction du groupe», précise le texte.

A 43 ans, il avait su transformer des décennies de tradition sans rien renier des racines d’un groupe emblématique fondé à la fin du XIXe siècle.

Il pouvait difficilement cacher son appartenance à la grande lignée familiale. Le front large et dégarni, le visage jovial, la démarche quasi monastique, le verbe choisi, Edouard Michelin portait en lui les gênes decette dynastie d’industriels. « C’est moi, les cheveux blancs en moins », résumait son père, François. Son prénom, qu’il partage avec son arrière- grand-père, inventeur du pneu démontable, le prédestine aux responsabilités. Son père, dirigeant emblématique de la firme pendant quarante-cinq ans, n’a jamais hésité à le désigner comme son dauphin parmi ses six enfants. « Nous avons acquis la conviction qu’il possède les qualités de caractère d’esprit et de coeur que doit réunir le futur chef », avait justifié le patriarche.
 
Il faut dire qu’Edouard, père lui aussi de six enfants, répondait parfaitement au «moule » familial. Elève brillant et sans problème, il fait ses classes, comme ses frères et soeurs, dans l’excellent établissement clermontois, le collège privé Massillon. Déjà, dans le laboratoire de physique de l’abbé Merle, il s’essaye à quelques expériences. C’est chez les jésuites de Sainte-Geneviève, à Versailles, qu’il fait sa prépa qui lui permet d’intégrer l’Ecole centrale. Spécialiste de modélisation mécanique des structures, il publie ses travaux dans la très sérieuse revue La recherche aérospatiale.
 
L’homme est réservé, passemuraille. « Il était isolé. D’une grande discrétion. Sans doute la marque d’une certaine timidité », se souvient un condisciple de la promotion 1984-1987. Féru de musique classique, il participe aux choeurs et orchestre des grandes écoles. Amateur de chants grégoriens, c’est un catholique pratiquant. Son frère Etienne, prêtre, officie lors d’une cérémonie grandiose en la cathédrale de Chartres, devant plus de 2 500 invités à l’occasion de son mariage.
 
Passionné d’automobile, il envisage à sa sortie de Centrale de rentrer chez Peugeot-Citroën, dont Bibendum était alors un des principaux actionnaires. Finalement, l’appel de la « Maison » l’emporte. Comme tous les cadres de Bibendum, Edouard commence sa carrière sur le terrain, par un stage ouvrier. « Ce n’était pas un feignant ! Il a fait tous les postes, en bleu et en chaussures de sécurité et il a charrié ses kilos de gomme comme tout le monde », se souvient Jean Tomicki, délégué CGT de l’usine de pneu de Montceau-les Mines, où le futur PDG de la multinationale a débarqué comme chef d’équipe en 1989.
 
Mais à 28 ans, la construction de sa carrière passe nécessairement par les Etats-Unis. Son père vient alors de mettre la main sur le groupe BF Goodrich, c’est l’occasion pour lui de se frotter au management à l’américaine. Carlos Ghosn, l’actuel PDG de Renault, choisi par François Michelin pour diriger la nouvelle filiale, le prend sous son aile. « Nous étions conscients de participer à la formation du futur patron de l’entreprise. D’ailleurs, il a joué le jeu. », écrit Carlos Ghosn dans Citoyen du monde, publié chez Grasset. Modeste, il dit rêver de devenir inspecteur du fameux guide éponyme – la figure même de l’anonymat. Mais il est prêt pour revenir à Clermont-Ferrand.
 
Le baptême du feu d’un patron novice
 
Le 11 juin 1999, Edouard Michelin succède à son père. A 36 ans, il est le plus jeune patron du CAC 40. Mais son baptême du feu, il le vit en septembre 1999. L’annonce concomitante d’un bénéfice en forte hausse et de la suppression de 7 500 postes provoque une tempête médiatique. Le patron novice doit faire front. Deux mois plus tard, il avoue avoir été blessé par tant de commentaires acerbes et de caricatures, mais il « assume ». Et il apprend. Au point de vite s’imposer comme une figure du capitalisme français, et même international. Le groupe si secret va communiquer. Et Edouard Michelin lance sa révolution de velours, transformant avec doigté des décennies de tradition. « Il a vraiment changé l’image de la manufacture », concède un syndicaliste FO, sous le choc.
 
Et pas que l’image. Edouard Michelin s’attaque aussi aux relations sociales. « Le moteur le plus puissant d’une entreprise, c’est l’énergie humaine », martèle-t-il, marqué par le catholicisme social familial. Place au comité d’entreprise européen, aux négociations sur les 35 heures, à la formation, mais aussi à l’accès des syndicats à l’intranet... Et toujours cette habileté à bousculer l’héritage paternel sans rien abandonner des racines. De son séjour aux Etats-Unis, il garde une vraie vision internationale. Le groupe se développe en Asie, vers les nouveaux marchés d’Europe centrale et orientale, et en Amérique latine. Autre big bang : l’entreprise a été réorganisée par produits, et non pas par zones géographiques. L’ingénieur Edouard Michelin a aussi « introduit une dimension marketing très forte », assurait en 2001 Michel Rollier, l’actuel cogérant en exercice. On lui doit aussi le retour en Formule 1, lié au renforcement dans le haut de gamme. Hier, Pierre Dupasquier, ex-directeur compétition du groupe, témoignait : « Il vivait dangereusement, les risques n’étaient pas son problème. » Bernie Ecclestone, la référence de ce sport, saluait « un grand Monsieur ».

Source : lefigaro.fr

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