Le plus célèbre des moteurs de recherche va bloquer des mots jugés «politiquement incorrects» par Pékin, pour jouer un rôle sur le deuxième marché mondial de l'Internet.
Mais Google a accepté beaucoup de restrictions pour satisfaire les maîtres de l'empire du Milieu. Les internautes chinois qui souhaitent en savoir plus sur le Tibet, les droits de l'homme ou Taïwan n'auront droit qu'aux informations autorisées par le gouvernement de Pékin. Ils n'auront pas accès à tous les sites dans le reste du monde. Enfin, Google ne leur propose pas de service de courrier électronique et de blogs, ces sites où chacun peut s'exprimer librement sous forme de journal intime.
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Déjà 100 millions d'internautes
Critiquée par les défenseurs des droits de l'homme et notamment l'organisation Reporters sans frontières qui se dit «écoeurée» et estime que «ce lancement marque un jour noir pour la liberté d'expression en Chine», Google n'est pas le seul à oublier certains principes démocratiques pour espérer jouer les premiers rôles sur le deuxième marché mondial de l'Internet. Microsoft et Yahoo ! ont accepté eux aussi de prendre en compte les exigences de Pékin. Yahoo ! a été au centre d'une violente polémique pour avoir permis aux autorités chinoises d'accéder au courrier électronique d'un dissident qui fut ensuite arrêté et condamné à plusieurs années de prison.
La stratégie du réalisme adoptée par tous les groupes américains s'explique en une phrase : la Chine compte déjà plus de 100 millions d'internautes et va devenir dans un très proche avenir le premier marché mondial de l'Internet. Les Google, eBay et autres Yahoo ! sont tous décidés à ne pas laisser cette manne aux seules sociétés chinoises dont la croissance séduit les investisseurs.
Le symbole de cette réussite est Baidu.com. Coté au Nasdaq, ce moteur de recherche fondé par le chinois Robin Li est aujourd'hui le site le plus populaire du pays : 90 millions de personnes naviguent sur son annuaire chaque jour. Certains assurent que Robin Li coopère aussi avec les autorités en ne donnant accès à aucune information politiquement sensible, tout en privilégiant les téléchargements illicites de nombreux artistes étrangers.
Une nouvelle fois, la mythologie d'Internet, espace de liberté qui peut bouleverser les règles et les pouvoirs en place, montre ses limites. Car aujourd'hui, la Toile est devenue un marché comme les autres. Une seule loi compte : la course aux profits.
Source : Le Figaro