Un projet de recherche assez ébouriffant a pour but d'agir de façon extérieure sur les mouvements humains - et de les contrôler à distance.
Le projet "Shaking the world", développé dans les laboratoires NTT au Japon, a de quoi troubler. Il repose sur l'excitation de l'oreille interne humaine par un faible courant électrique.
L'oreille interne, et en particulier le vestibule, est le siège de notre notion d'équilibre, qui rend possible nos mouvements ou le fait de pouvoir nous tenir debout. En excitant cette zone de façon artificielle et externe (via des électrodes placées à la base du crâne et des sortes d'écouteurs posés autour de la tête), les chercheurs sont parvenus à démontrer que l'on pouvait agir sur la façon dont elle perçoit notre environnement et y gère notre équilibre et nos déplacements.
Le procédé, appelé GVS ("Galvanic Vestibular Stimulation") est expliqué par une vidéo étonnante, montrant une jeune femme "télécommandée à distance" : elle tente de marcher en ligne droite mais, malgré elle et sous l'impulsion des excitations électriques qu'elle reçoit, ne peut le faire et se met à pivoter à droite ou à gauche, au gré du démonstrateur et de sa télécommande.
Le projet a fait l'objet d'une démonstration lors du dernier Siggraph et d'un article dans Forbes début août, mais n'a pas été beaucoup commenté. Il permet pourtant d'entrevoir plusieurs applications d'un genre nouveau, aussi fascinantes qu'inquiétantes.
L'une de ces applications, comme l'expliquent les responsables du projet, concerne les jeux vidéos et le divertissement. Il existe de nombreuses salles de cinéma équipées de vérins hydrauliques et proposant des rides : la salle ou les fauteuils des spectateurs sont asservis aux mouvements affichés à l'écran, donnant l'illusion que l'on participe à l'action. Le procédé mis au point par NTT pourrait permettre d'aller un cran plus loin, en modifiant la notion d'équilibre de chacun des spectateurs ou joueurs. En quelque sorte, cela reviendrait à asservir notre oreille interne (donc notre notion d'équilibre) à l'image que l'on regarde, et aux déplacements qu'elle représente. On imagine le résultat (et on espère que des sacs en papier seront livrés avec l'appareil...).
Source : Futura-Sciences